Le Clain dans l’histoire

“C L A I N ou Le Clain , Clanis Clanius, & Clitis, riviere de France en Poitou. Elle a fa fource dans la même Province, prez d’un village dit la Boëre, entre Charroux & l’Ifle Jourdain ; & ayant reçû la Vonne, la Clouëre, &c. Elle paffe à Poitiers, où il fe divife en canaux & fait quelques Ifles. Enfuite elle fe va joindre à la Vienne au dffus Chaftelleraud, en un endtoit dit le Port de Senon, le Clain perd fon nom. *
Papire Maffon, defcr. flum.Gall. De Thou, Hist. li. 45.c.9. “

Extrait du : “Le grand dictionnaire historique, ou Le mélange curieux de l’histoire sacrée et profane”. Tome 1, Partie 2 / … Troisième édition, corrigée, & divisée en deux tomes (4 parties). Par Mre Louys Moreri,… 
Auteur : Moreri Louis (1643-1680) ; 
Éditeur : J. Gyrin et B. Rivière (Lyon) ; 1683 ;
Disponible sur la BNF : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb309795796 

Le Dictionnaire géographique de la France de 1896 présente le Clain ainsi :

“Le Clain : Gracieuse rivière des départements de la Charente et de la Vienne, en un bassin presque entièrement oolithique, avec lambeaux de granits, gneiss, lias, craie inférieure, terrains tertiaires. Dans la Charente il n’a guère que 5-6 km de cours. Il y naît à 6 km Nord Ouest de Confolens, à 5 ou 6 m de la rive de la Vienne, sur un plateau de 200-230 m.

Sorti d’un petit étang, à 200 m d’altitude, au bord de la route de Confolens à Ruffec, il coule vers le Nord Ouest, direction qu’il garde jusqu’à la confluence de la Dive et de la Bouleure, où il se prote, et cela définitivement vers le Nord Nord Est. Le Clain baigne Hiesse, forme l’étang de la Vigerie, long de 600 m, reçoit le Préhobe ou Probe à Pressac, coule devant l’église romano-ogivale de l’ancienne abbaye de Bénédictins de la Réau (Regalis), puis devant St Martin l’Ars, et s’accroît du Payroux devant le village de Payroux; ensuite vient Joussé. Le ruisseau (car le Clain n’est encore qu’un ruisseau), qui jusque-là cheminait assez uniformément dans une espèce de sillon du plateau, devient très tortueus et, plus rapide, serpente, de cap de colline à cap de colline, en des gorges profondes, qui parfois ent du caractère, par Château-Garnier, Sommières où débouche le ravin du Bé, la vieille abbaye de Moreaux, les ruines du château de la Millière, Anché, Voulon. En ce lieu, qui est ou n’est pas le Campus Voclandensis où Clovis battit Alaric, le Clain rencontre le chemin de fer de Bordeaux à Parus, qui désormais va le suivre fidèlement jusqu’à son embouchure, et, en même temps il s’y double presque par la confluence de la petite rivière qui vient de se former, à moins de 500 m en amont, deux cours d’eau venus des Deux-Sèvres, la Dive du Sud (ou Dive de Couhé) et la Bouleure.

Dès lors petite rivière, le Clain va se doubler encore, et plus que doubler dans les vastes prairies de Vivonne : dans cette ville même il reçoit la toute charmante Vonne et le Palais, et à 1800 m en aval la longue Clouère à l’étroit bassin, que suivent des confluences de petits ruisseaux intarissables : ru d’Aslonnes, ru de Ruffigny et ru des Dames près d’Iteuil, ru des Petites rivières à Ligugé, ru de Fontaine le Comte en amont de St Benoît, bourgade où débouche le Miosson. Ici et jusqu’un peu en aval de Poitiers, son cours est admirablement pittoresque ; de hautes roches à pic le domine, dont les plus célèbres sont celles de Passe-Lourdin (un peu en amont de St-Benoit), et le Roc-qui-vaboire- à-midi (en aval) ; la rivière, plusieurs fois franche par des points du chemin de fer de Bordeaux à Paris, est limpide, profonde, presque toujours immobile ; c’est un méandre qui ne cesse de se porter serpentueusement des talus de sa rive droite à ceux de sa rive gauche et vice versa. Poitiers sur sa haute colline dominant le Clain au Sud, à l’Est, au Nord, et la Boivre à l’Ouest, est une des villes les fièrement campées de France, et les vieux souvenirs, les antiques monuments ajoutent encore à sa beauté.

Le Clain, grossi de la Boivre, quitte Poitiers au pied des rochers de la Cueille-Mirebalaise, faubourg escarpé de la ville il s’augmente de la rive de l’Auzance près Pont d’Auzance en amont de Chasseneuil ; il passe au bas de St-Georges, à Clain, a Dissay, à St-Cyr où tombe la Pallu, à Moussais la Bataille, dont le surnom rappellerait « la terrible mêlée ‘dite bataille de Poitiers) qui arrêta net l’expansion de l’empire universel arabe », la Tricherie-sous-Beaumont, les Barres près de Naintré, et va s’unir à la Vienne, rive gauche, par 42 m d’altitude, à Cenon à 3km ½ en amont de Châtellerault. Avec le Taurion, la Creuse, la Gartempe, c’est la rivière la plus abondante qui rapporte son tribut à la Vienne ; c’est surtout la plus « fidèle », vu la constance de ses eaux estivales, et celle dont le volume oscille le moins dans les douze mois de l’année. Cours de 140 km: large de en amont de Poitiers de 30, en arrivant à la Vienne 40 ; bassin 296594 hectares ; eaux ordinaires très abondantes, étiage soutenu, grâce non seulement aux nombreux affluents, mais, et peut-être surtout, grâce aux sources de fond ; en certains endroits, notamment à Poitiers, « le baigneur, en été passe souvent d’une eau tiède à l’onde glaciale de fontaines qui jaillissent de lit même de la rivière ». Débit ordinaire 12 m cubes, étiage 3m cubes, 71 moulins à blé, 6 minoteries, 4 moulins à graines, 6 moulin à trèfle, amidonnerie, 3 huileries, 4 scieries, 3 filatures, moulin à foulon, 2 papeteries, 3 fabricants de couteaux, moulin à mécanique.

Grégoire de Tours l’appelle Clennus ; on trouve ensuite successivement : Clinnus, Clennius, Clinnius, Clinus, Clenus, Clennis, Clienne, Clenc, Clemnis Clayn, Clin, Cleyn, Clanus, Clan. En somme, c’est Glen, le Gleau, le Glyn celtique, si connu en Ecosse, et qui veut dire vallon rivière.